Conscience politique, conscience citoyenne : quelle contribution des réseaux sociaux en ligne ?

14715425_1586946328278661_5923563140195363648_oPanéliste au Colloque International d’Abidjan sur les réseaux sociaux en ligne #CIARS, je suis intervenu avec plusieurs experts et acteurs du web en Côte d’Ivoire notamment Daouda Coulibaly et Obin Guiako sur le thème : Conscience politique, conscience citoyenne : quelle contribution des réseaux sociaux en ligne ? J’aimerai en ces lignes qui suivent, revenir sur les grandes lignes de ma pensée relativement à ce thème.

Comprendre la citoyenneté

1/ Qu’est-ce que la citoyenneté ?

De façon simple et commune, la citoyenneté se définit comme étant « la qualité de citoyen ou de l’individu qui a droit de citer[1] » dans une cité/état. Elle implique une logique d’appartenance. De cette appartenance, se dégage des responsabilités vis-à-vis de la cité en vue du bien de celle-ci. Ce qui fait dire à Bernard Lamizet que « la citoyenneté n’est pas seulement une manifestation politique de l’identité dont on est porteur mais qu’elle consiste aussi en un ensemble de devoirs et d’obligations imposés à ceux qui la revendiquent et un ensemble de droits et de libertés dont peuvent disposer ceux qui en sont porteurs[2] ».

2/ La citoyenneté à l’épreuve des réseaux sociaux

Avec l’avènement des réseaux sociaux numériques (espace virtuel qui rassemble, fédère des individus entre eux et leur donne la possibilité d’échanger des informations, des idées et de partager des documents (images, vidéos, textes, …)[3], le concept de citoyen a pris une autre configuration. Ce qui est d’ailleurs vrai puisqu’ « au cours de son histoire, les logiques et les pratiques de la communication et de l’information ont pris de plus en plus d’importance dans l’élaboration du concept de citoyenneté[4] ». Chose certaine, les populations participent mieux à l’exercice de leurs droits et devoirs quand ils ont accès à l’information. Aussi, ces derniers par l’usage des réseaux sociaux numériques « affirment une forme active de citoyenneté[5] » comprise comme « engagement et activisme[6] ». Cette forme de citoyenneté se manifeste par la participation « à des initiatives politiques non électorales, comme des mouvements de protestation, des campagnes sociales, la défense des causes, etc. [7]» de sorte que, « la citoyenneté pourrait, dans ces conditions, se définir aujourd’hui comme la résistance du sujet aux pouvoirs de l’imaginaire de la communication et de l’information et comme l’engagement des acteurs dans des dynamiques politiques de débat et de confrontation.[8] »

Il est important de souligner que cette forme de citoyenneté surpasse les carcans traditionnels de mobilisation et de participation à la vie sociopolitique constitués autour de groupes hiérarchiquement organisés et agissant dans un espace bien défini. Les logiques d’appartenance territoriale semblent être brisées. L’espace privé se mêle désormais à l’espace public et l’on note l’entrée en jeu d’une « diaspora numérique » qui, « respire au rythme de la contestation, de l’engagement, de la citoyenneté augmentée, plus seulement appartenance culturelle, mais avant tout et surtout action et mobilisation[9] ».

Conscience politique, conscience citoyenne

1/ L’apport des réseaux sociaux en ligne

Les réseaux sociaux en ligne sont d’un apport considérable en matière de conscience politique et citoyenne. Ils donnent aux citoyens d’être des acteurs et non plus des spectateurs. Ils favorisent la participation des citoyens « connectés » à la vie sociopolitique par l’accès à l’information et la discussion sur des questions dominant l’actualité ; transformant ainsi l’espace public. « D’une part, le droit de prendre la parole en public s’élargit (…) d’autre part, une partie des conversations privées s’incorpore dans l’espace public[10] ».

De plus, les réseaux sociaux en ligne se présentent comme des moyens de communication alternatif, solution à un espace médiatique embrigadé, manipulé et versant dans la propagande. Les internautes via les réseaux sociaux numériques, Facebook, twitter, YouTube et les blogs pour ne citer que ceux-là, vérifient et diffusent les informations que leur cachent les pouvoirs politiques et profitent de ces moyens de communication si en vogue, pour mettre en place de véritables espaces de discussion. C’est le cas des groupes Facebook « Observatoire démocratique de Côte d’Ivoire (ODCI) » et « We are all Khaled Said (WAAKS) » créé en Egypte quelques jours après l’assassinat par la police d’un jeune de 28 ans nommé Khaled Said en juin 2010. « Through the use of social media, WAAKS had created a movement that allowed all of its members to participate, comment and act within the realms of a loosely defined concept of freedom from state oppression.[11] » Le #hashtag reste un élément incontournable dans les conversations aussi bien synchrones qu’asynchrones. L’exemple de #Les200 en Côte d’Ivoire.

2/ Les limites des réseaux sociaux en ligne

Montrer les limites des réseaux sociaux en ligne est nécessaire dans tous discours les mettant en lien avec l’exercice citoyen de sorte à éviter de tomber dans un déterminisme technologique. Tout simplement parce que la question des contextes est toujours à élucider. L’accès à internet, la censure et l’usage fait des réseaux sociaux peuvent ne pas s’y prêter. Ils arrivent que les internautes préfèrent « investir des espaces numériques fréquentés par des individus partageant les mêmes opinions et les mêmes centres d’intérêt qu’eux-mêmes. Tendance qui encouragerait ainsi une fragmentation de l’espace public. » Cette attitude est qualifié de « cyberbalkanisation » par Cass Sunstein et de « cyberapartheid » par Robert Putnam. Aussi, l’on n’est pas sans ignorer que les usages pervers des réseaux sociaux comme la cybercriminalité, la diffusion de fausses informations ne sont pas des pratiques citoyennes. Certains auteurs vont jusqu’à critiquer l’anonymat dans les forums car, il « crée l’illusion d’une plus grande liberté de parole[12] ».

Les réseaux sociaux aide à la prise de conscience citoyenne, transforme l’exercice de la citoyenneté en engagement et activisme par la prise de parole désormais ouverte à tous. Mais, ils ne font rien à eux seuls. Ce sont les usages et systèmes dans lequel vivent les usagers qui renforce leur pouvoir. De quoi interpeller sur la nécessité d’une éducation aux médias, vecteur d’un usage citoyen des réseaux socio-numériques.

[1] Camille Roger Abolou, La citoyenneté de parole en Afrique. Essai sur la fabrique des citoyens dans les Etats africains, L’Harmattan, 2016, p.17

[2] Bernard Lamizet, « Mutations de la citoyenneté », E-citoyennetés, L’Harmattan, 2014, p.44

[3] Ghislaine Azémard, 100 Notions pour le crossmédia, Les éditions de l’immatériel, 2013, p.178

[4] Bernard Lamizet, Op.cit., p.64

[5] Ana Krasteva, « L’e-citoyenneté, projet politique de la révolution numérique », E-citoyennetés, L’Harmattan, 2014, p.15

[6] Ibid.

[7] Evelina Staikova, (e)Citoyenneté – (r)Evolution, E-citoyennetés, L’Harmattan, 2014, p.15

[8] Bernard Lamizet, Op.cit., p.54

[9] Ana Krasteva, « L’e-citoyenneté, projet politique de la révolution numérique », E-citoyennetés, L’Harmattan, 2014, p.87

[10] Dominique Cardon, La démocratie d’Internet, Seuil, Paris

[11] Tim Eaton, « Internet activism and the egyptian uprisings: transforming online dissent into the offline world », Westminster papers, Volume 9, Issue, April 2013, p.12

[12] Antony Todorov, « L’internet contre la démocratie », E-citoyennetés, L’Harmattan, 2014, p.144

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Publié le octobre 27, 2016, dans Actu, réflexions, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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