Les inégalités dans les communications sociales

   A l’occasion du Blog Action Day 2014 dont le thème est : l’inégalité, j’aimerai porter une réflexion sur les inégalités dans les communications sociales. En effet, la plupart des pays du monde se sont engagés de par l’adoption de certains textes, à œuvrer pour garantir la liberté d’expression, d’information et la libre circulation de l’information. Cependant dans la quête de cet objectif, des inégalités en matière de communication et d’information persistent. Celles-ci se situent à la fois entre pays développés et en développement, zones urbaines et rurales, hommes et femmes, etc.

Inégalités entre les sexes

   Les inégalités entre les sexes en ce qui concerne les communications sociales se traduisent par le fait que les fonctions importantes dans les médias telles que celui de rédacteur en chef ou de journalistes influents chargés de questions sérieuses, sont peu occupés par les femmes. Peu de femmes sont à des postes de direction. De plus, les femmes apparaissent dans les feuilletons et autres spectacles télévisés comme dépendantes de l’homme avec pour unique objectif le mariage. Particulièrement dans la publicité, la nudité de la femme est utilisée pour rendre les produits proposés plus attrayants. Il arrive parfois que les produits en question n’aient aucun caractère sexuel. Les femmes sont également vues pour la plupart du temps comme des ménagères n’ayant aucun autre intérêt si ce n’est la satisfaction et l’accomplissement des tâches domestiques.

Inégalités entre populations rurales et urbaines

   Des inégalités considérables établissent un fossé entre les populations notamment les populations urbaines et rurales. Celles qui bénéficient le plus des moyens de communication sociale sont les populations des villes. L’écart de réception des médias entre citadins et ruraux s’explique par la faible électrification des zones rurales et l’analphabétisme massif encore que l’accès à la télévision privilégie l’usage des langues internationales. La faible électrification des zones rurales conduit par exemple à une faible réception de la télévision dans les villages et l’analphabétisme, à une faible réception de la presse écrite et de l’affichage. Du coup, c’est la radio qui emboite le pas aux autres médias dans les zones rurales. Cependant, il convient que les programmes radiodiffusés soient élaborés pour les populations rurales. Autrement dit, adapter à leurs réalités et besoins. A ce sujet, de gros efforts sont entrepris par les radios de proximités et rurales.

Inégalité des contenus et des programmes

   Les contenus des programmes médiatiques en raison de la diversité des langues, sont davantage transmis dans des langues dites majoritaires au détriment des langues minoritaires. Il s’en suit que les groupes ethniques et linguistiques minoritaires ne profitent pas toujours de la possibilité qu’offrent les médias en matière d’information, de formation, d’éducation et de distraction. Un pareil tableau peut avoir pour cause la discrimination volontaire, la centralisation des pouvoirs des médias d’état et/ou de service public par les groupes majoritaires ou détenant le pouvoir public, l’absence de main-d’œuvre qualifiée connaissant les gouts socioculturels et les traditions des populations et la négligence ou l’indifférence. Du coup, les téléspectateurs sont souvent défavorisés culturellement parce que le contenu des programmes peut leur sembler complètement étranger encore que les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) utilisent presqu’uniquement les langues internationales (anglais ou français) et correspondent aux modèles culturels des pays d’origine. On assiste alors à une large diffusion des gouts socioculturels de pays étrangers. En Afrique, les gouts socioculturels de pays étrangers ont été si largement diffusés à telle enseigne qu’ils sont imités et finissent par régir le comportement des populations. Il suffit seulement de jeter un coup d’œil sur l’influence des télénovelas pour en avoir une illustration parfaite. La distorsion des contenus se perçoit également au travers des informations véhiculées. L’information est tronquée, biaisée. C’est au moyen d’adjectifs péjoratifs et de clichés, mêlés d’une partialité que les médias informent les publics. Ce qui conduit les récepteurs des médias à avoir une image déconnectée de la réalité. Ceux-ci sont cesse envahis par des nouvelles de guerres, de famines, de catastrophes naturelles, de soulèvements politiques et de perturbation de l’ordre socioéconomique. Les affaires politiques occupent plus d’importance dans le choix des nouvelles que les processus de développement et d’innovation. Et, même quand les médias traitent de ces processus de développement et d’innovation, ils sont examinés sous l’angle de la forme et du politique ; non sous l’angle du fond relatif au bien-être des populations. A ce sujet, ce sont les critères de sélection des nouvelles qu’il importe de critiquer en raison de l’importance trop exacerbée des affaires politiques dans la sélection et la diffusion des nouvelles.

Inégalités entre pays développés et en développement

   En comparant les pays développés et ceux en développement, les inégalités sont très frappantes en matière de communication sociale. L’écart est impressionnant en ce qui concerne les infrastructures de communication. Ces disparités font ressortir le lien entre le niveau de développement économique et le niveau des infrastructures et activités de communication. Le développement des infrastructures accentuent la dépendance des pays en développement à l’égard des pays industriels fournissant les équipements et dominant les réseaux mais aussi les flux d’informations. Pour ce qui est des flux d’informations, il existe une circulation à sens unique des nouvelles. Les liens datant de l’époque coloniale continuent d’influencer la sélection et la réception des nouvelles. Dans certaines régions du monde anciennement colonisées, les médias étrangers bénéficient d’une forte audience comparée aux médias locaux. Comme quoi, le chien domestiqué même libéré reconnait toujours la voix de son maitre et est toujours prêt à lui porter secours, à aller vers lui. Du coup, certains pays plus puissants dominent tout ce qui concerne l’information ainsi que les échanges culturels et artistiques. Des événements importants et de grandes réalisations d’ordre scientifique, économique ou culturel demeurent passent parfois inaperçus pour la seule raison qu’ils se produisent dans des petits pays ou des régions qui ne bénéficient pas de l’attention mondiale. Ajouté à cela, la faiblesse des liens entre les pays en développement tend à encourager la domination du marché de l’information par les pays développés. On assiste de ce fait, à une abondance de nouvelles en provenance des pays industrialisés vers les pays en développement. Cette domination se cristallise autour de la prédominance des grandes agences transnationales dans la collecte et la dissémination des nouvelles. Leurs vastes opérations couvrant le monde entier leur donnent un quasi-monopole sur la diffusion internationale de l’information. En beaucoup d’endroits, les agences de presse nationales, les journaux et radios ne disposant pas de correspondants permanents, dépendent entièrement des agences internationales pour les nouvelles étrangères. Les pays en développement ont une part de responsabilité dans ce déséquilibre informationnel en raison de la mainmise de leurs gouvernants sur l’information. Mais dans une perspective large, la circulation à sens unique de l’information est le reflet des structures politiques et économiques dominantes du monde qui tendent à maintenir ou à renforcer la dépendance des pays pauvres vis-à-vis des pays riches.

La fracture numérique

   La fracture numérique est la disparité d’accès aux technologies informatiques, notamment internet. Elle concerne les inégalités dans l’usage et l’accès aux TIC comme les téléphones portables, l’ordinateur ou le réseau Internet. On parle aussi de fossé numérique ou de « digital divide » en anglais. De façon général, le fossé numérique peut être défini comme une inégalité face aux possibilités d’accéder et de contribuer à l’information, à la connaissance et aux réseaux ainsi que de bénéficier des capacités majeures de développement offertes par les TIC. Il renvoie de façon globale à trois niveaux d’inégalités vis-à-vis des nouvelles technologies :

  • L’inégalité dans l’accès à un ordinateur, à Internet…
  • L’inégalité dans l’usage d’outils.
  • L’inégalité dans l’usage des informations issues de ces outils.

   L’insuffisance des infrastructures, le coût élevé de l’accès, l’absence de formation adéquate, le manque de création locale de contenus et la capacité inégale de tirer parti au niveau socioéconomique d’activités à forte intensité d’information sont quelques indicateurs du fossé numérique.

   Pour pallier ces inégalités, les pays en développement se voient contraints de consacrer une part importante de leur budget aux télécommunications ou de solliciter l’aide financière, matérielle et technique des pays développés. Ceci dit, l’accent ne doit pas être exclusivement mis sur la technique car on ne peut espérer que les pays en développement atteignent le niveau des pays développés en matière de communication sociale grâce à une assistance financière et technique des pays développés. C’est aussi une question de justice sociale, de responsabilité sociale, d’éthique et de formation.

Bibliographie :

  • Alain Kiyindou, « Introduction » Réduire la fracture numérique, une question de justice sociale ?, Les Cahiers du numérique, 2009/1 Vol. 5, 11-17.
  • André-Jean Tudesq, Les technologies de l’information, facteur d’inégalité en Afrique subsaharienne, Tiers-Monde, 1994, tome 35 n°138, pp. 391-409.
  • Périne Brotcorne et Gérard Valenduc, « Les compétences numériques et les inégalités dans les usages d’internet » Comment réduire ces inégalités ?, Les Cahiers du numérique, 2009/1 Vol. 5, pp. 45-68.
  • Unesco, Voix multiples un seul monde, Les Nouvelles Editions Africaines et la Documentation Française, Paris, 1980.
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Publié le octobre 16, 2014, dans réflexions, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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