Questions de communication soulevées par l’altercation entre police universitaire et étudiants à l’université Félix Houphouët Boigny de Cocody

ImageL’incident qui s’est produit récemment à l’université Félix Houphouët Boigny de Cocody soulève bon nombre de questions surtout en ce qui concerne les usages actuelles des Technologies Numériques de l’Information et de la Communication (TNIC) en vue de la liberté d’expression, de l’exercice de la citoyenneté, de la démocratie et en même temps des questions liées à l’éthique et également au droit d’image de chaque individu. Pour comprendre cela, remontons au fait. En effet, la presse quotidienne de Côte d’Ivoire a dans sa parution du vendredi 22 février 2014 fait état d’une vive altercation entre les agents de la police universitaire de Cocody et les étudiants en faculté de médecine. Concernant les origines de cet incident, Le Patriote, quotidien proche du pouvoir révèle « qu’il s’agit en fait des suites d’une affaire qui s’est déroulée le lundi 17 février sur l’esplanade de la présidence de l’université. Ce jour là, des étudiants se réclamant de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’ivoire (Fesci), ont pris d’assaut l’esplanade de la présidence pour manifester contre le Conseil estudiantin, un nouvel organe que veulent installer les universités publiques. Un étudiant de la faculté de médecine (…) a voulu immortaliser la scène avec son appareil photo. Mais, il s’en verra interdit par un élément de la police universitaire. (…) l’étudiant en question qui se rendait hier à la fac, a reconnu son agresseur parmi les éléments postés à l’entrée de l’université. « Il s’est approché de lui pour se présenter et lui signifier que son geste du lundi était très déplacé. Ce que n’a pas apprécié l’élément en question. Il s’est mis encore à injurier l’étudiant et a même menacé de le tabasser s’il ne quittait pas les lieux », (…) les étudiants sont venus prêter main-forte à leur camarade. La police universitaire a donc fait une descente à la faculté de médecine et a commencé à tabasser les étudiants. »[1] L’Intelligent d’Abidjan, un quotidien indépendant rapporte quant à lui que : « le vendredi 14 février 2014, A.Y, étudiant en 3ème année tenait un téléphone portable qu’il avait orienté en direction des éléments de la police universitaire en service. Croyant que ce dernier les filmait, l’un des policiers a ordonné à l’étudiant de lui remettre le téléphone. Après vérification, le téléphone a été remis à son propriétaire. Mais, ce même jour, au moment où A.Y, s’apprêtait à monter dans le bus, il aurait été giflé par un autre agent de la police universitaire. Le jeudi 20 février 2014, alors qu’il se rendait au cours, il a reconnu son ‘’ gifleur’’ de la semaine dernière. Aussitôt, une altercation a éclaté entre lui et le gifleur qui a eu l’appui de quelques agents de sécurité. A.Y sera roué de coups. Ce qui a poussé des étudiants à venir à la rescousse de leurs camarades. Mis en minorité, les éléments de la police universitaire se sont repliés. Selon les informations, deux (2) heures après le repli, ces policiers chargés de sécurité sur le campus, armés de barres de fer, de gourdins, et d’armes à feu prennent d’assaut la faculté des sciences médicales. Surpris, les étudiants subiront la hargne de ces hommes pendant plus d’une demi-heure. Satisfaits d’avoir infligé une ‘’correction’’ aux étudiants, les agents de la police universitaire ont regagné leur ‘’base’’. »[2] A en croire ces deux journaux, il aurait au cœur de cette affaire, la volonté d’un étudiant de filmer une manifestation face au refus d’un policier de laisser l’étudiant poursuivre son action. Cela a entrainé par la suite, des échauffourées entre étudiants et police universitaire jusqu’à ce qu’on arrive à l’hospitalisation d’un étudiant dans un état comateux et même à une grève. Cependant, nous sommes en droit d’interroger cette affaire d’un point de vue communicationnel puisqu’au cœur, il est question de prise d’image et de droit d’image. Certes, il est vrai qu’éthiquement parlant, filmer une personne sans lui demander son autorisation est mauvais mais en même temps, il s’agit d’une manifestation que l’étudiant souhaitait filmer (à en croire la presse). Est-ce qu’il y avait là nécessité de le blâmer ? Surtout que par la suite, le blâme a entrainé des situations regrettables. Aussi, ne perdons pas de vue le fait que notre société actuelle vit l’ère du numérique. Ere qui bouleverse les attitudes dans tous les domaines de la vie sociale. « Aujourd’hui, non seulement les techniques d’information et de communication sont présentes pour tous mais elles sont inévitables, elles sont là, avec ou sans action volontaire de l’individu. [3]» Nombreux sont les téléphones qui aujourd’hui sont équipés d’appareils photo et de caméra. Certains organes de presse équipent même leurs journalistes en smartphones car avec le numérique c’est l’instantanéité et la portabilité. Les journalistes sont inquiétés dans l’exercice de leur fonction puisque désormais avec les Technologies Numériques de l’Information et de la Communication (TNIC), tout le monde devient producteur d’information. N’était-ce pas l’intention de l’étudiant de produire une information ? Si tel fût le cas, pourquoi vouloir l’en empêcher ?


[1] Dao Maïmouna, Le Patriote, publié le vendredi 21 février 2014 sur www.abidjan.net et consulté le 22/02/2014

[2] A.H, L’intelligent d’Abidjan, publié le vendredi 21 février 2014 sur www.abidjan.net et consulté le 22/02/2014

[3] Camaraderie, n° 276, p.11

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Publié le mars 4, 2014, dans Actu, réflexions. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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