Internet et partis politiques : essai de problématisation des enjeux d’une appropriation d’Internet par les partis politiques

ImageL’avènement d’Internet a bouleversé les rapports sociaux. « Le réseau des réseaux » impose une connexion permanente à tel enseigne que l’homo sapiens tend à devenir homo numericus. Cependant comme le souligne Jean François Fogel et Bruno Patino, « le changement dépend moins de l’apparition des technologies que de l’activité des internautes[1]». De ce fait, la réflexion doit plutôt se tourner vers les formes d’appropriation aussi bien individuelle que collective du média Internet. Au nombre des appropriations collectives, une attire particulièrement notre attention. Il s’agit de l’appropriation d’Internet dans son ensemble par les partis politiques. De plus en plus, les partis politiques utilisent Internet pour la création de sites web, de blogs d’hommes politiques, de pages facebook, etc. Quelles sont les raisons qui motivent les partis politiques à migrer vers un usage massif d’Internet ? Autrement dit, quelles sont les enjeux de cette appropriation ? En effet, « Les potentialités politiques de l’outil Internet sont connues : il permet une circulation rapide de l’information, une stimulation du débat politique, une interactivité accrue entre les partis politiques et le public, et un travail de mobilisation plus efficace[2]». Il est indéniable que de telles potentialités soient susceptibles d’aider les partis politiques dans leur objectif de quête de soutien populaire pour la prise du pouvoir politique. C’est dans cet objectif que le réseau des réseaux permet de mieux associer les adhérents et sympathisants des partis, non seulement à leur activité, mais aussi à la réflexion, à l’élaboration et à la décision politique. Cette forme de démocratie participative emmène les partis politiques à mieux sonder les attentes des électeurs. Par le biais des forums de discussion, les différents programmes de campagne des partis politiques font l’objet de débat. Il s’en suit la construction d’une opinion publique dont les dirigeants politiques peuvent s’en vanter dans leurs discours. Internet propose donc un nouvel espace public pour les partis politiques. De plus, Internet se révèle être une vitrine idéologique pour les différents partis politiques, le reflet de la ligne politique du parti et une plateforme d’échange et d’information. C’est un média tactique. Les différents moyens qu’il propose ainsi que son fonctionnement de forum virtuel permettent d’y recourir dans un cadre tactique donné, lié à une période déterminée de l’activité objective et subjective d’une force politique, à un objectif précis, à un champ de forces bien circonscrit. Par exemple, en période de campagne électorale ou lors de mobilisation collective. De cette façon, le web peut faciliter la coordination de l’appareil de campagne d’un parti. Il aide même à la collection de fonds de financement pour les campagnes. En 2002, le congrès américain a voté la loi McCain-Feingold. Cette loi interdit les partis politiques de recevoir des dons privés atteignant des sommes vertigineuses. La loi oblige les partis à recevoir des dons limités à 2000 dollars par personne et par candidats (limite passée à 2100 dollars en 2006). Inconsciemment, cette loi a ouvert une brèche aux blogueurs politiques. Ceux-ci ont profité de leur influence pour collecter des fonds au-delà de la limite imposée par la loi. « Le premier candidat à démontrer la viabilité d’un modèle financier fondée sur la blogosphère fut Howard Dean : lors des primaires démocrates de 2004, l’ancien gouverneur du Vermont, très populaire parmi les bloggers les plus influents, récolta en ligne 40 millions de dollars, avec une contribution moyenne de moins de 100 dollars.[3] » Encore, vu le nombre important  d’activistes en ligne, les partis réussissent à utiliser à leur guise et de façon gratuite, le savoir-faire pratique et technique de ces activistes. Cependant, un point très important de la réalité pratique de l’appropriation d’Internet par les partis politiques mérite d’être questionné. Il s’agit de la territorialisation de l’activité politique. La création des sections virtuelles ne se juxtaposent-elle pas aux sections habituelles ? Les fortes adhésions en ligne garantissent-elles véritablement des mobilisations collectives dans l’intérêt des partis politiques ?


[1] Jean François Fogel et Bruno Patino, La condition numérique, Editions Grasset & Fasquelle, Paris, 2013, p15.

[2] Frédérick Bastien et Fabienne Greffet, « Les campagnes électorales sur internet : une comparaison entre france et québec », HERMÈS 54, 2009, p.212

[3] François Coste, « « The whole blogosphere is watching » ou la prise d’assaut du parti par la blogosphère », Revue de recherche en civilisation américaine, [en ligne], 1 │2009, mis en ligne le 05 mars 2009, consulté le 26 novembre 2013. URL : http://rrca.revues.org/160

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Publié le janvier 27, 2014, dans réflexions, et tagué . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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