Le journaliste ivoirien peut-il tout dire ?

La liberté d’expression, fondement des différents concepts de liberté d’informer et de liberté d’information comme le souligne le rapport Mac Bride[1], est prônée par l’article 11 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 Août 1789. Ce principe fondamental est reconnu et garanti dans les textes internationaux et nationaux. Cependant, la liberté de la presse qui est un corollaire de la liberté d’expression ne s’exerce que dans les limites prévues par les textes. En Côte d’Ivoire, les limites afférentes à la liberté de presse sont les infractions commises contre les autorités publiques, l’injure, la diffamation, la diffusion des secrets de défense nationale et de contenu d’un dossier de justice non encore évoqué en audience publique, les atteintes à la stabilité monétaire internationale, l’interdiction contre les mineurs et les incitations punissables[2].

Le journaliste ivoirien doit par conséquent associé à sa liberté, la responsabilité et le respect de sa déontologie professionnelle. Néanmoins, cette déontologie s’appuie principalement sur le devoir d’informer. Devoir qui selon Jean Louis Brugues conduit parfois à des réflexions éthiques dont les textes de loi ne font pas absolument cas et pouvant pousser le journaliste à revendiquer son droit à la clause de conscience. Il affirme ceci : « La déontologie du journaliste est fondée sur le devoir d’informer (…) celui-ci impose t-il de tout montrer, de tout raconter ? Voir en direct une petite fille mourir emporté par les torrents de la boue, (…) interviewer un ancien premier ministre à la veille de son exécution capitale dépasse manifestement le strict devoir d’informer. L’éthique met en garde cette déontologie là contre toutes les formes de voyeurismes. Elle lui rappelle les devoirs supérieurs de la pudeur, de la délicatesse et de la compassion. Une obligation morale peut même dispenser de l’observance des règles déontologiques. La personne invoque alors ¨l’épikie¨ ou ¨l’objection de conscience¨[3]».

Pour nous résumer, nous dirons avec Devirieux que : « les journalistes ne peuvent écrire ou dire n’importe quoi, n’importe comment sur n’importe qui. Il faut que les faits rapportés soient vrais, qu’ils soient rapportés conformément à la vérité, qu’il soit dans l’intérêt public de les divulguer et que cela soit fait de bonne foi, c’est-à-dire dans le dessein de servir le public et non de desservir intentionnellement la personne.[4] »


[1] UNESCO, Voix multiples un seul monde, Rapport de la Commission internationale d’étude des problèmes de la communication, Les Nouvelles Editions Africaines, 1980.

[2] Cf. loi n°2004-643 et n°2004-644 du 14 décembre 2004 portant respectivement régime juridique de la presse et régime juridique de la communication audiovisuelle en Côte d’Ivoire

[3] Brugues Jean Louis, Dictionnaire de morale catholique

[4] Devirieux Claude Jean, Manifeste pour la liberté de l’information, éditions du jour, Montréal, 1971, p.53

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Publié le octobre 16, 2013, dans Journalisme, réflexions, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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