De la nécessité de l’éthique pour les professionnels de l’information et de la communication en Côte d’Ivoire

Crédit photo : rhconseilpme.blogs.com

Crédit photo : rhconseilpme.blogs.com

Voici deux décennies que l’éthique envahit tous les domaines de la vie humaine et sociale. On parle de commerce éthique, de gestion éthique, etc. Le secteur de l’information et de la communication ne reste pas en marge dans l’appropriation des attributs éthiques. Des pays du nord à ceux du sud, des pays développés au pays du tiers monde, lorsqu’on souhaite palier les tares causées par les communications sociales dans l’évolution du monde et le bien-être des populations, l’on invite au respect de l’éthique et de la déontologie. Dès lors, l’éthique devient incontournable si l’on veut redonner à ce secteur sa vraie noblesse de mise en relation pour une communion éthique. Il importe de ce fait, de fournir aux professionnels de l’information et de la communication, les significations et implications concrètes de ce concept si urgent à respecter. Il y va de l’assainissement du secteur de l’information et de la communication en Côte d’Ivoire pour la simple raison que c’est un secteur par lequel, il est possible de rassembler tous les ivoiriens autour des valeurs si chères à la vie interhumaine.

Dans cet article, je m’essaie à donner une définition simplifiée de l’éthique et à établir le distinguo entre éthique, morale et déontologie. Par la suite, je tente de relever l’intérêt à parler d’éthique des médias en Côte d’Ivoire.

Qu’est-ce que l’éthique ?

L’éthique c’est l’ensemble des principes et des règles de conduite des êtres humains, et ce, quelles que soient les époques et les lieux.[1] L’éthique a un caractère universel en ce sens qu’elle s’étend à l’ensemble des hommes et des territoires de la planète terre. Les principes prônés par l’éthique sont communs à l’ensemble des êtres humains et perçu comme tel. L’éthique tant à être confondu à la morale. Il existe cependant une différence entre ces deux notions. La morale renvoie à un ensemble de règles de conduite et de mœurs considérés comme bonnes et devant être appliquées en société. En effet, c’est dans la réalité signifiée, que doit se faire la distinction entre éthique et morale, en disant que l’éthique se situe au niveau des valeurs ; la morale au niveau de l’action concrète. Autrement dit, l’éthique détermine les fins à atteindre ; la morale, les moyens de les atteindre[2]. Aussi, d’un lieu à un autre les mêmes moyens ne permettent pas d’acquérir les mêmes valeurs. Ce qui confère à la morale un caractère contextuel, spécifique à des populations données. En ce sens, on peut parler de morale juive ou de morale chrétienne ; ce qui n’est pas le cas de l’éthique qui revêt d’un caractère universel.  

Que faut-il donc entendre par déontologie ?

Le mot déontologie vient du grec deon (deontos au génitif), participe présent de dei : il faut, il convient, et de logos : discours, traité, etc.[3] Du point de vue étymologique, la déontologie se définit comme la science des devoirs[4]. Elle désigne ainsi l’ensemble des règles qui régissent le code de bonne conduite d’une profession donnée. La déontologie et également le code de déontologie existe que pour la profession. Pour ce faire, il faut se garder de dire « code d’éthique » au lieu de « code de déontologie ». Les deux formules ne sont pas synonymes. L’éthique ou la morale, au sens premier de ces termes évoquent le bien de la personne, tandis qu’un code de déontologie évoque le bien de la profession ; le code de déontologie existe pour la profession [5]». Par ailleurs, il est possible de parler de la déontologie des journalistes basée sur le devoir d’informer ou de la déontologie médicale fondée sur le serment d’hyppocrate.

Existe-t-il un intérêt à parler d’éthique dans le secteur de l’information et de la communication en Côte d’Ivoire ?

Il existe des raisons à parler d’éthique dans le secteur de l’information et de la communication en Côte d’Ivoire. Sans avoir la prétention d’en établir une liste exhaustive, j’aimerai évoquer les cinq raisons suivantes.

1.      Le détachement des systèmes de pensée qui visent à nuire le secteur de l’information et de la communication

Pour certaines personnes, le monde de l’information et de la communication serait tellement perverti que pour réussir dans ce domaine, il faut que le communicateur parviennent à développer des aptitudes perverses notamment la corruption. Les faibles salaires des journalistes invitent à l’acceptation des pots de vin. Pour vendre, on utilise des méthodes qui transgressent les lois morales en matière de sexualité. On associe à la liberté de presse, une forme de libertinage qui ne dit pas son nom. Ainsi face à ces dérives, la réflexion sur l’éthique dans le secteur de l’information et de la communication en Côte d’Ivoire se révèle important. Cette réflexion permettra aux professionnels du secteur ivoirien de d’information et de la communication de reconsidérer leurs pratiques professionnelles tout en voyant dans l’éthique, la déontologie et la responsabilité, une voie de légitimation.

2.      La création d’un espace public visant l’émergence d’une société démocratique

Les travaux de Jürgen Habermas sur l’espace public enseignent que la presse a joué un rôle non négligeable dans l’apparition progressive de l’espace public ; espace public que nous définirons avec Alain Létourneau comme « un espace de délibération où les questions d’intérêt public sont discutés[6] ». Ce rôle très important qu’a joué la presse dans l’émergence de l’espace public trouve sa raison d’être en ce sens que la presse s’est illustrée au départ comme étant la voix des sans voix, le lieu où les populations pouvaient faire connaitre leurs attentes et prendre connaissance des réalisations des pouvoirs publics. Malheureusement de nos jours, cette fonction si chère à la presse tant à disparaître en raison de la logique commerciale et du militantisme politique. En s’essayant à initier un modèle d’éthique propre aux professionnels de l’information et de la communication en Côte d’Ivoire, notre souhait est que la presse puisse revenir à cette mission fondamentale, celle d’être un lieu d’échange, de rencontre et de structuration de la pensée, des opinions en vue de l’émergence des idées citoyennes favorables à la collectivité[7].

3.      La corruption, les perdiems, les gombos (la cupidité du secteur)

Dans son article intitulé perdiems, gombos et mesures d’accompagnement: les mots et les rites de la corruption dans la presse ivoirienne[8], Célestin Gnonzion examine au regard de théories sociologiques, le comportement des journalistes dans leur environnement et dans leur rapport avec leurs chefs de services, les organisateurs de manifestations et les conseillers en communication. L’argent est au cœur de ces rapports. Il détermine la publication de l’article et le nombre de ligne ou colonne à lui consacrer. C’est cela le phénomène des perdiems et des gombos qui sont d’autres noms de la corruption. En effet, ce phénomène renvoie à une réalité concrète en opposition avec les normes de l’activité journalistique puisque désormais la couverture d’un événement se fait selon la somme d’argent perçue par les journalistes. On dira ainsi : « «No money, no article» Ou « Small money, small article», à savoir petit argent, petit article. »

4.      La concentration des entreprises de presse

D’emblée, disons avec Philippe Guilhaume qu’il est incontestable que de nombreux organes d’information ont toujours été créés avec des destins économiques incertains pour servir d’instrument à des partis politiques ou à des groupes d’intérêt.[9] C’est cela la concentration de la presse ou des médias que Claude Jean Devirieux va expliquer en ces termes : « Un consortium financier quelconque accapare l’ensemble des organes d’information dans une région délimitée.[10]» L’une des conséquences de cette situation comme le dit Devirieux est que si ce consortium décide d’appuyer telle ou telle politique, il peut obliger chacune de ses entreprises de presse à orienter ses nouvelles dans la perspective désirée sans que, en apparence du moins, le principe de la liberté de l’information soit violé[11]. Il est dommage de constater que parfois ces groupes détiennent le monopole du secteur de l’information et malheureusement, journaux et postes de radio et de télévision privés sont d’abord des entreprises commerciales qui, ensuite, sont tributaires de la publicité. On les voit rarement insister sur des informations risquant de nuire à leurs intérêts propres ou aux intérêts des compagnies ayant chez elles un gros compte de publicité. Le droit à l’information y perd sans doute un peu.[12]

5.      Le manque de formation

La formation des journalistes et hommes de médias requiert une attention toute particulière et délicate dans la réflexion sur l’éthique dans les communications sociales en ce sens que si nous voulons nous attaquer à un mal, c’est à sa racine qu’il faut le saisir. Il est certes vrai qu’en Côte d’Ivoire, on compte beaucoup de filières de formation à la communication mais l’enseignement du journalisme est peu assuré. D’une manière générale, l’enseignement aux métiers du journalisme est trop théorique[13]. De plus, les conditions requises par la loi de 2004 portant régime juridique de la presse en Côte d’Ivoire pour être journaliste stipule qu’il faut avoir suivi d’au moins une licence (3 ans) ou d’un BTS (2 ans) dans une école de communication reconnue par l’Etat de Côte d’Ivoire ou encore d’avoir suivi une formation de six mois dans une école de journalisme agréé par l’Etat de Côte d’Ivoire. Ces conditions alliées au caractère théorique reconnu aux filières de formation en journalisme laissent à désirer quelque fois sur la qualité des journalistes quand ceux-ci ne s’inscrivent également pas dans une dynamique de formation continue et permanente. N’oublions pas le cas des journalistes formés sur le tas et de ceux s’étant engagés non par conviction mais pour plutôt pour se mettre à l’abri du chômage de sorte à pouvoir subsister !

Après avoir présenté ces cinq raisons qui selon moi témoigne de la nécessité de l’éthique pour le secteur de l’information et de la communication de Côte d’Ivoire, j’aimerai bien conclure cet article qui n’est qu’un préalable à réflexion sur l’éthique des médias en Côte d’Ivoire. Toutefois, il demeure inéluctable de poursuivre la réflexion afin d’arriver à un assainissement du secteur de l’information et de la communication en Côte d’Ivoire.


[1] Brunet Patrick, L’éthique de la responsabilité individuelle dans « la société de l’information » in L’éthique dans la société de l’information, L’harmattan, p.8

[2] Blais Martin, Ethique, morale, déontologie, droit, www.ethicpedia.org, 2008

[3] ibidem

[4] ibidem

[5] ibidem

[6] Alain Létourneau, « Remarques sur le journalisme et la presse au regard de la discussion dans l’espace public » in L’éthique dans la société de l’information, L’harmattan, p.47.

[7] Jürgen Habermas, L’espace public, 1962.

[8] Gnonzion Célestin, Perdiems, gombos et mesures d’accompagnement: les mots et les rites de la corruption dans la presse ivoirienne, European Scientific Journal,  October edition vol. 8, No.23, pp 65-83.

[9] Guilhaume Philippe, Ethique et Information in Ethique et Communication, actes du colloque des chrétiens professionnels de la communication IRCOM, Paris, Beauchesne, 1991, p.5

[10] Devirieux Claude Jean, Manifeste pour la liberté de l’information, éditions du jour, Montréal, 1971, p.53

[11]Ibidem

[12] Devirieux Claude Jean, op.cit, p.55

[13] Zio Moussa et Florence Lemoine-Minéry, L’état des médias en Côte d’Ivoire, Gret, Décembre 2001

Publicités

Publié le septembre 30, 2013, dans réflexions, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Ajoutez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :