La vérité au cœur de nos communications

L’homme est au sens aristotélicien du terme, un animal social et « celui qui ne peut vivre en société est un dieu ou une brute[1]». La société se révèle être le lieu de construction de l’être humain. Etant en société, l’homme est confronté à son semblable, aux règles de vie et aux traditions héritées des ancêtres. Celui-ci pour s’épanouir est donc obligé de chercher à connaitre toutes les prescriptions qui régissent la vie sociale. Mais comment les connaitre si elles ne sont pas communiquées ? Voici donc un besoin fondamental pour l’homme : la communication. En effet, « le besoin de communiquer avec son prochain est tout aussi fondamental que la nécessité physique de se nourrir et de s’abriter[2]». De ce fait, la communication comprise comme transmission d’information et de vérité en vue de modifier le comportement d’autrui est plus qu’indispensable si l’homme veut accéder à son épanouissement. Aussi, pour parvenir à cet épanouissement, il est important d’accepter les vérités communiquées. Or, le constat est qu’il est difficile d’accepter certaines vérités notamment celles dont on aime le moins entendre. L’homme s’y prête parfois à un refus catégorique d’accorder ouïe à la vérité qu’il n’aime pas et qui selon lui, ne lui apporte rien ou lui est contraignante. Mais, c’est bien tout le contraire. Cette vérité que l’être humain se rechigne à entendre est bel et bien celle à laquelle il doit donner plus d’attention car elle est celle-là même dont il a le plus intérêt à savoir.

En quoi donc la vérité serait un gage d’avantage inestimable ? Qu’est-ce que la vérité ? Quel bien apporte t’elle à l’Homme?

Le Grand Robert définit la vérité comme étant : « l’expression sincère, sans réserve de ce qu’on sait, de ce dont on a été témoin[3]». En effet dans le cours de l’histoire, l’homme s’est formé par la transmission de la culture, des acquis ancestraux. En l’être humain se trouve un miroir pour son prochain. Dans ce miroir, l’homme découvre son passé et se découvre lui-même. Au cœur de cette découverte, il faudrait une expression honnête du savoir sur le monde et sur les êtres à qui il fait face. La vérité s’inscrit comme un passage obligé sur le chemin de la construction de l’Homme.

De plus, la vérité participe à la construction de l’histoire. Il est vrai que l’homme s’édifie au regard de la culture et que la vérité est au cœur de la transmission culturelle. Mais comment accéder à ce qui fait l’essence humaine (en parlant de la culture) si la connaissance du passé ne relève pas du réel et qu’elle est falsifiée ? Cela revient à dire que c’est par la vérité des témoignages et écrits ancestraux que l’histoire, source dans laquelle sont puisées les manières de vivre et d’être se bâtit. Il en ressort que la vérité quelque soit sa forme ou les appréhensions qu’on s’en fait, ne constitue en rien un élément perturbant le système auditif pour se refuser à l’entendre. Rousseau dira : « la vérité générale et abstraite est le plus précieux de tous les biens. Sans elle, l’homme est aveugle[4]».

Par conséquent, l’homme ne devrait pas se rechigner à entendre la vérité car elle est pour lui une lumière qui le conduit à la connaissance de soi et du monde dans lequel il vit. En un mot, la vérité conduit à la liberté. « Dans l’ordre intellectuel le contenu de la liberté, c’est la vérité : c’est elle qui rend libre.[5]» dira Kierkegaard. « Vous connaitrez la vérité et la vérité vous affranchira[6]», proclame l’Evangile.

Cependant, que dur est le chemin qui mène à la liberté, pour ne pas dire à la vérité ! En effet, savoir qui nous sommes, mesurer nos limites et nos faiblesses au travers du miroir qu’est le prochain est difficile.

Si l’homme se refuse à la vérité, c’est parce qu’il a peur. Peur d’être condamné, peur d’être jugé ou de se sentir trahir. L’adage qui stipule que « la vérité rougit les yeux mais ne les casse pas » illustre la douleur qu’entraine la vérité. Mais, toute bonne correction passe nécessairement par une douleur à laquelle il faudra s’y faire surtout quand on voit les bénéfices à en tirer. Car, c’est bien au bout de la croix que se trouve la couronne de gloire. Il convient donc d’accepter toutes vérités aussi difficiles soit-elles car la vérité bien acceptée et bien dite nous éclaire et nous aide à nous améliorer.

En guise de conclusion, l’homme se refuse à entendre certaines vérités car il a peur de se découvrir alors que la découverte de soi et de son environnement telle que révélée par la vérité dite et enseignée, édifie et libère. Aussi, il faut savoir communiquer la vérité car comme le dit Jankélévitch : « il y a des vérités qu’il faut manier avec des précautions infinies, à travers toutes sortes d’euphémismes et d’astucieuses périphrases[7]».

Emmanuel DABO

13/09/13

 


[1] Aristote, La cité

[2] Warren K. AGEE, Phillip H. Ault et Edwin EMERY, Médias, 9e edition, trad. Franç.  par Anne Sauvêtre, Bruxelles, De boeck Université, 1989, p. 32.

[3] Le Grand Robert

[4] ROUSSEAU, Les Rêveries du promeneur solitaire, 1782 (posthume)

[5] Kierkegaard, Le Concept de l’angoisse, trad. K. Perlov et J.-J. Gateau, Gallimard, « Idées », 1985, p. 171.

[6] Evangile de Jésus-Christ selon Saint Jean, chapitre 8, verset 32

[7] Jankélévitch, L’Ironie, Flammarion, 1964

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Publié le septembre 13, 2013, dans réflexions, et tagué . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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